TECHNIQUES DE L'ESTAMPE

 

QU'EST CE QU'UNE ESTAMPE ?

Une Estampe est une image réalisée à l’aide d'une support plat, une plaque ou planche de bois, de métal, de pierre appelée matrice. Une fois gravée et encrée, la matrice est ensuite appliquée contre une feuille de papier, à la main ou à l'aide d'une presse.  L’impression d’une estampe peut être réalisée à plusieurs exemplaires nommés «épreuves», ce qui en fait une technique du multiple.

Presse de taille-douce.

L'estampe fut un autant un medium de diffusion que de création. On l'utilisa par exemple pour diffuser des reproductions d’œuvres d'art, les rendant ainsi visibles par delà les frontières à un public ne pouvant venir les admirer là où elles étaient. Elle permit aussi d'illustrer des livres en bien plus grand nombre que ne le permettait l'enluminure et soutint ainsi l'essors de l'édition et de l'imprimerie. De telles estampes, pour lesquelles l'oeuvre originale d'un artiste (peinture, dessin, etc.) est interprétée et transposée sur la matrice (support) par un lithographe ou un graveur, sont appelées des estampes d'interprétations. Ce travail se fait le plus souvent sous la direction de l'artiste lui-même qui parfois appose sa signature sur le tirage. 

PILOTY Ferdinand. Albertus Durerus Noricus. Lithographie originale au crayon, d’après l’autoportrait d’Albrecht DÜRER.

Néanmoins, l'estampe ne fut pas uniquement un outil de reproduction, mais une technique faisant partie, de pleins droits, des beaux-arts. De nombreux artistes s'approprièrent en effet les qualités plastiques et les spécificités techniques de l'estampe pour créer des œuvres d'arts mémorables. Ainsi, une estampe conçue et gravée par un seul et même artiste est considérée comme une oeuvre à part entière et a la statut d'oeuvre originale. L'artiste conçoit et réalise ici lui-même sa création sur la matrice (pierre, cuivre, acier, zinc, bois ou soie). 

DÜRER Albrecht. Ecce Homo. Bois original.

 

Attention cependant, car si l'on pourrait, à tort, croire qu'une estampe originale a plus de mérite qu'une estampe d'interprétation, il n'en est rien! En effet d'immenses artistes ont produit des estampes d'interprétations, qui sont tout aussi à même d'être admirée que si elle étaient des originaux.

 Les épreuves d’un même tirage ne sont pas parfaitement identiques, du fait de l’intervention manuelle (encrage, pression). Indépendamment de ces épreuves définitives il existe des épreuves témoignant des différents stades de l’élaboration de la planche, L’artiste effectue parfois des tirages de quelques épreuves au cours de son travail, avant de retravailler la planche afin d’obtenir le résultat définitif. Ces épreuves, qualifiées d’«états» sont répertoriées dans l’ordre d’évolution de l’œuvre. Ont peut identifier une épreuve notamment grâce à la signature de l'artiste, à la numérotation et à la justification manuscrite d'un tirage. Cependant, la tradition de signer à la main et de justifier un tirage n'est adoptée par les artistes européens qu’à la fin du XIXe siècle.

Dans le domaine qui nous intéresse, tirage est synonyme d’épreuve ou d’exemplaire. Un tirage complet d’une œuvre est une édition. L’origine de ce terme vient du fait que pour imprimer sur une presse à bras il faut faire le mouvement de tirer à soi les bras de la presse. « tirage limité » signifie que l’impression de l’estampe est soigneusement contrôlée quantitativement, que chaque épreuve est numérotée.

La justification du tirage c'est l'énumération complète du tirage d'une œuvre; le tirage numéroté proprement dit, le nombre d'épreuves d'artiste, d'épreuves hors commerce, les tirages supplémentaires sur différents papiers, etc... Il est d'usage d'imprimer des épreuves d'artiste en plus du tirage normal de l'édition : elles sont destinées à l'artiste et à l'éditeur à titre d'archives ; leur nombre dépasse généralement pas 10 % du tirage total. Les E. A. peuvent être numérotées, elles le sont alors en chiffres romains. 

Les techniques de l'estampe

Les encres utilisées pour l'impression d'estampes varient en composition selon les techniques d'impression. Pour la taille-douce et la lithographie on emploie des encres à base légèrement grasse afin qu'elle puisse pénétrée jusqu'au fond des sillons gravés, on appelle cela "l'amour du cuivre". En sérigraphie, on emploie surtout des encres dites couvrantes et opaques qui permettent des aplats de couleurs denses. Les estampes peuvent être imprimées en noir et blanc ou en couleurs. Un tirage polychrome, s’obtient soit avec une planche unique en encrant chaque partie de différentes couleurs, soit en superposant plusieurs planches, chacune pour une couleur particulière.

I - Impression à partir d'un bois :

1 – Xylographie (bois gravé)

Si le procédé est connu en Chine depuis le VIIe siècle, son apparition en Europe se situe à la fin du XIVe siècle. La plaque de bois est découpée dans le sens de la fibre. Elle est taillée au canif et à la gouge afin d’évider les parties qui resteront blanches au tirage, laissant le motif en relief, c’est celui-ci qui une fois encré s’imprimera sur le papier. En utilisant plusieurs bois représentant chacun une partie du dessin et en superposant les tirages sur une même feuille on peut réaliser une impression en couleur.

Détail d'une matrice de xylogravure.

2 -  Linogravure

Cette forme de gravure est similaire de la gravure sur bois quant à la technique ; seul le support diffère. La plaque de lino est plus tendre à travailler et beaucoup moins onéreuse.

II – Impression à partir d'un métal (taille-douce) :

1 - Burin

C’est la plus ancienne technique de gravure en taille douce. Elle a pour origine les estampages que les orfèvres tiraient de leurs travaux d’ornement sur métal afin en garder un témoignage. Apparue au milieu du XVe siècle simultanément en Italie et en Allemagne, cette technique se répand dans les autres pays à partir du XVIe Siècle. Le graveur creuse une plaque de cuivre, à l’aide d’ un outil en acier, appelé burin. Le dessin est ainsi formé par des sillons plus ou moins profonds en forme de V. La planche est ensuite encrée et essuyée. Sous une forte pression le papier humide se moule dans les creux et y retient l’encre donnant un léger relief au toucher. La pression exercée par la presse en taille douce, laisse la trace du «coup de planche» communément nommée «cuvette».

Burin gouje

Burin et Gouge 

2 - Pointe-sèche

L’emploi de la pointe-sèche remonte au XVe siècle. C'est avant tout l'outil, une simple pointe d'acier, avec laquelle on grave la plaque de métal qui servira à imprimer les épreuves qui, par extension, portent le même nom. La technique de la pointe sèche se différencie des autres techniques de taille-douce par sa particularité de laisser des barbes de chaque côté du sillon; ces barbes font de la pointe sèche un procédé hybride entre le creux et le relief, car l'encre meuble à la fois les tailles et les barbes.

3 -  Eau-forte

Le procédé est utilisé depuis le XVe siècle. Procédé de gravure en creux sur métal, généralement du cuivre, mais aussi du zinc ou de l'aluminium. La planche est recouverte sur ses deux faces de vernis protecteurs ; l'artiste, au moyen d'une pointe ou d'un crayon bien taillé, dessine sur le vernis mettant le cuivre à nu à l'endroit de son trait. Une fois le dessin terminé, l'artiste plonge la planche de métal dans un bain d'acide nitrique ou de perchlorure de fer pour la morsure. La morsure sera plus ou moins profonde selon la dilution de l'acide et le temps de trempage de la planche . l'acide n'attaque que les endroits ou le cuivre n'est pas protégé. Il peut faire plusieurs attaques successives pour obtenir des nuances, il peut aussi sortir la planche du bain, recouvrir des traits suffisamment mordus et en dessiner de nouveaux. Les gravures à l'eau-forte au trait sont souvent assorties de parties en aquatinte.

roulette et pointe sèche

Roulette et Pointe sèche

4 – Aquatinte

Inventée au milieu du XVIIIe siècle par le français Jean-Baptiste Leprince, l’aquatinte rend un effet imitant le lavis. Le graveur fait tomber sur une plaque de cuivre des grains de résine plus ou moins gros. La plaque est chauffée jusqu'à ce que les grains durcissent et résistent ainsi à la morsure. On creuse alors le cuivre à l'acide autour des grains. Cela permet d'obtenir des nuances en jouant sur la morsure et la finesse de la résine. On reconnaît cette technique en creux à l'aspect finement grenu que laisse la résine.

5 - Manière noire

Cette technique fut découverte en 1642 par l’Allemand Ludwig Von Siegen. Cette technique de gravure est hybride entre les creux et le relief. On hérisse la surface de cuivre d'une multitude de petites barbes au moyen d'un outil demi-circulaire garni de petites dents, le berceau, de telle sorte qu'au tirage de la planche avant l'exécution du dessin on obtienne un noir velouté parfait. Le dessin, proprement dit, se fait au moyen d'un brunissoir. Le graveur écrasera le grain des barbes pour obtenir des gris et le supprimera totalement pour obtenir des blancs. La gravure à la manière noire demande beaucoup de soins et le tirage en est délicat.

6 – Vernis mou

Technique de taille douce par laquelle le cuivre est recouvert d'un vernis souple sur lequel est déposé un papier granité. On dessine au crayon sur ce papier auquel adhère le vernis à l'endroit du trait. On procède alors à la morsure à l'eau-forte sur le cuivre mis à nu par le dessin.

7 - Sucre

Procédé de gravure par soulèvement du vernis: un mélange de sucre et d'encre de chine ou gouache est appliqué directement sur la plaque de métal, celle-ci est ensuite recouverte d'un vernis avant d'être trempée dans l'eau: le sucre fond et décolle le vernis : la plaque est ensuite trempée dans l'acide pour faire attaquer les parties dénudées.

III – Impression à partir d'une pierre (lithographie) :

Inventé en Bavière vers 1796-1798 par Aloys Senefelder, le procédé se répand avec succès au XIXe siècle. Fondé sur l'antagonisme de l'eau et des corps gras, ce procédé ou n'interviennent ni relief ni creux consiste à juxtaposer à des surfaces qui, humidifiées, ne retiendront pas l'encre grasse, d'autres surfaces qui, une fois encrées, refuseront l'eau et seront donc seules susceptibles de s'imprimer.
Reproduction par impression sur une pierre calcaire. Cette technique est à l'origine de l'offset, elle est basée sur l'antagonisme de l'eau et des corps gras. Sur une pierre en calcaire poreux à grain fin et régulier on dessine à l'encre grasse. Ensuite, on acidule le reste de la pierre pour le rendre amoureux de l'eau; quand l'imprimeur passera un coup de rouleau encreur sur la pierre préalablement mouillée, l'encre se déposera sur les parties grasses dessinées sur la pierre, alors que les parties devant apparaître en blanc rejetteront l'encre. Pour que l'antagonisme persiste la pierre doit être mouillée en permanence. Pour Imprimer on applique une feuille de papier sur la pierre qui passe alors dans la presse lithographique et subit une friction qui transmet l'encre de la pierre à la feuille. La technique lithographique a l'avantage de laisser une grande liberté de geste et d'expression à l'artiste spécialement pour les œuvres « à la manière de crayon ». L'eau et l'encre ont un peu tendance à s'émulsionner ; c'est pourquoi un artiste qui veut obtenir des couleurs soutenues préfère souvent la sérigraphie dont l'encre couvrante permet de meilleurs aplats.

pierre matrice lithographique

Matrice  pierre à lithographie . 

IV – Impression à partir d'un écran de soie (sérigraphie) :

Procédé d'impression au moyen d'un écran de soie : c'est une technique d'impression moderne découlant de la méthode du pochoir. L'artiste trace son dessin sur l'écran tendu sur un châssis au moyen de latex liquide. Ce latex est amovible et pourra plus tard être pelé laissant la trame de soie libre. Puis on applique un vernis obturateur sur toute la surface de l'écran, ce vernis a pour but d'empêcher l'encre de passer à travers l'écran dans les parties que l'on veut garder blanches. Dès que le vernis est sec l'artiste pelle la pellicule de latex et libère alors la trame qui laissera passer l'encre pour qu'elle se dépose sur le papier. L'encre est déposée dans le châssis et forme une petite vague que l'artiste déplace d'un bord à l'autre de l'écran au moyen d'une raclette en caoutchouc. L'artiste répétera cette opération autant de fois qu'il y a de couleurs. Les encres utilisées pour l'impression sérigraphique sont opaques et couvrantes, ce qui permet de superposer les couleurs.

V - Gravure au Carborundum :

La technique consiste à fabriquer une matrice à partir de plexi ou de carton sur lequel on appose des matériaux tels que de la colle avec du sable plus ou moins fin, du mastic… en dessinant pour obtenir des matières, ce support est ensuite encré, puis passé sous presse pour réaliser différents effets d’impressions et de gaufrages.

VI - Aquagravure :

Cette technique se caractérise par la création simultanée du papier et de la gravure. L’artiste grave et sculpte son motif en bas relief dans une plaque de cire, ou autre, bois, métal, linoleum.

VII - Pochoir :

Cette technique est à l'origine de la sérigraphie. C'est une découpe dans du métal mince ou du carton qui permet d'appliquer la gouache avec une brosse sans déborder de la forme de la découpe.

VIII - Monotype : 

ce procédé de taille-douce est un travail de peintre qui permet de peindre directement sur n’importe quel type de plaque avec un pinceau et des encres d’imprimerie. On imprime soit à la presse soit à la main un seul exemplaire.

Le Papier

Parmi les papiers modernes - principalement à fabrication mécanique - il existe un ensemble de papiers de qualités différentes. Chaque papier est plus ou moins adapté aux diverses techniques de l'estampe. Ainsi, la lithographie sera souvent imprimée sur un Vélin d'Arches, un BKF Rives ou un Japon Nacré ; un Richard de Bas (papier fait main) ou un Vélin de Lana magnifiera une gravure sur bois ou une eau-forte. Certains papiers présentent un filigrane (marque de fabrique) en transparence; le filigrane permet d'identifier le papier et parfois de le dater. Il se peut parfois que le tirage d'une estampe soit fait sur différents types de papier (par exemple, Vélin d'Arches et Japon nacré).